Communiqué CGSP Poste – Thierry Tasset
Madame la Présidente,
Depuis un certain temps, je ressens un sentiment qui émane de l’entreprise et de certains de ses responsables : comme si nous étions désormais dans une logique de guerre entre les organisations syndicales et le management.
Le message est souvent le même : « Les syndicats sont fous, ils ne comprennent rien, seule compte la logique comptable et les décisions du Conseil d’administration. »
Malheureusement pour vous, Madame la Présidente, la concertation sociale ne peut pas se limiter à des colonnes de chiffres, à des tableaux Excel ou à l’application mécanique des décisions prises ailleurs. Derrière chaque indicateur, il y a des travailleuses et des travailleurs qui vivent les conséquences de ces décisions au quotidien.
Depuis le départ de Mark Michiels, les organisations syndicales sont progressivement passées d’un rôle de co-gestion à celui de simples spectateurs. Cette évolution a conduit à plusieurs conflits que l’entreprise s’empresse d’imputer exclusivement aux organisations syndicales, sans jamais prendre un instant pour remettre en question ses propres choix. Comme si l’entreprise avait la science infuse. Comme si elle ne pouvait jamais se tromper.
Dans ces conditions, vous comprendrez, Madame la Présidente, qu’il ne reste aux organisations syndicales qu’à revenir à leur mission fondamentale : se tourner vers leurs affiliés, vers les travailleurs, et concentrer toute leur énergie sur la défense des quelques droits qu’il leur reste encore.
Aujourd’hui, le travailleur de bpost subit ce que j’appellerais une triple condamnation.
D’abord, il est condamné par l’État.
Les attaques contre les pensions, les restrictions en matière d’assurance maladie, les mesures d’économies successives et les réformes qui fragilisent les services publics réduisent progressivement les protections dont bénéficiaient les travailleurs.
Ensuite, il est condamné par l’entreprise.
Réorganisations permanentes.
Insécurité constante.
Surcharge de travail.
Remise en question perpétuelle des méthodes de travail.
Explosion de la charge mentale.
Pression accrue sur les équipes.
Management par les chiffres.
Et un climat qui, par moments, donne davantage l’impression d’encourager la délation que la confiance, notamment à travers certains outils comme Speak Up.
Enfin, il est condamné une troisième fois par l’entreprise elle-même à travers des mesures d’économies présentées comme de la transformation.
Des mesures qui limitent toujours plus les possibilités d’obtenir des primes, des améliorations de carrière ou des avantages supplémentaires.
Je prendrai deux exemples.
La mise en place des JSA avait été pensée à l’origine pour permettre de financer, en complément du budget annuel, une partie de la convention collective de travail. Aujourd’hui, cette mesure est devenue avant tout un instrument d’économies. Mais une mesure qui, de surcroît, ne semble pas s’appliquer avec la même rigueur à tout le monde. Selon que vous soyez puissant ou misérable, les conséquences ne paraissent pas toujours les mêmes.
Deuxième exemple : le dossier « End of Year ».
On en arrive à faire financer par les travailleurs eux-mêmes un dossier qui devrait leur apporter des améliorations. Cela bloque de facto toute possibilité d’améliorer davantage le quotidien des postiers dans le cadre de la CCT.
Et je ne parle même pas du fait que tout est désormais conditionné à un seul mot : la transformation.
Toujours la transformation.
Encore la transformation.
Rien que la transformation.
Pourtant, force est de constater qu’elle n’apporte pas aujourd’hui les résultats annoncés.
Nous n’avons toujours aucune nouvelle concrète des volumes colis qui devaient soutenir l’avenir de l’entreprise.
Pire encore, nous constatons une diminution de certaines activités.
Je ne parle même pas de la qualité de service qui se dégrade sur le terrain ni des reliquats devenus permanents dans certains services.
Espérons sincèrement que la situation s’améliore. Car dans le cas contraire, je ne donnerais malheureusement pas cher de l’avenir de cette entreprise.
Madame la Présidente,
Voilà, en quelques mots, le ressenti du terrain.
Pour la CGSP, ce que vivent aujourd’hui les travailleurs s’apparente à une véritable déprédation sociale.
Déprédation de la qualité de vie.
Déprédation des conditions de travail.
Déprédation de la charge de travail.
Déprédation des acquis sociaux tels que le congé sans solde.
Déprédation de la possibilité d’avoir des horaires fixes et prévisibles.
Déprédation des perspectives de titularisation.
Déprédation du respect dû aux travailleurs.
Bref, une abolition progressive du bien-être au travail chez bpost.
Je veux néanmoins être très clair.
La CGSP n’est pas contre la direction.
La CGSP n’est pas contre l’entreprise.
La CGSP est contre la souffrance inutile des travailleurs.
La CGSP refuse simplement de devenir complice d’une politique qui demande toujours plus à celles et ceux qui sont déjà au bout de leurs capacités physiques et mentales.
Nous refusons d’accepter qu’au nom du marché, de la rentabilité ou de la transformation, on considère les travailleurs comme une simple variable d’ajustement.
Parce qu’une entreprise qui épuise ses travailleurs ne construit pas son avenir.
Elle organise son déclin.
Je terminerai par cette citation :
« Quand l’injustice devient une méthode de gestion, la résistance devient un devoir. »
Et la CGSP n’acceptera jamais de rester silencieuse face à cette usure sociale qui frappe aujourd’hui les travailleurs de bpost. ✊🏻🔴
Thierry Tasset
Secrétaire général
CGSP Poste
