Actualités 15/10/2026

Communiqué CGSP Poste – Thierry Tasset

Lecture syndicale croisée de l’interview de Chris Peeters et de la communication interne sur Dense/Non-Dense

Camarades,

Après avoir lu l’interview du CEO dans L’Echo et la communication interne de bpost sur le projet Dense/Non-Dense, une conclusion s’impose : la direction reconnaît elle-même que ses réorganisations provoquent des difficultés importantes sur le terrain alors qu’elle continue à défendre sa stratégie de restructuration.

1. Un contraste frappant entre le discours public et la réalité du terrain

Dans L’Echo, Chris Peeters affirme que l’acceptation de la nouvelle organisation est globalement bonne et que les problèmes restent limités.

Pourtant, dans sa propre communication interne, bpost est obligée de reconnaître :

•des problèmes de pré-tri ;

•des bugs de tri ;

•des tournées qui ne peuvent pas être terminées ;

•des besoins de renforts urgents ;

•des déséquilibres dans la charge de travail ;

•des formations insuffisantes ;

•des adaptations structurelles déjà nécessaires après quelques semaines seulement.

Autrement dit, la direction parle publiquement de réussite tandis qu’en interne elle est contrainte de mettre en place des mesures correctrices d’urgence.

2. Les travailleurs confirment ce que la CGSP dénonce depuis des mois

Les commentaires des collègues sont particulièrement révélateurs.

On retrouve systématiquement les mêmes critiques :

Des tournées jugées trop lourdes

Plusieurs facteurs dénoncent des tournées Dense beaucoup trop importantes.

La direction reconnaît d’ailleurs elle-même devoir rééquilibrer certaines organisations.

Lorsque les travailleurs et l’employeur disent la même chose, le problème n’est plus une perception syndicale : il est réel.

Une perte de qualité du service

De nombreux collègues expliquent :

•que le courrier reste en attente ;

•que certaines tournées ne sont pas terminées ;

•que les délais de distribution augmentent ;

•que les clients perdent confiance.

C’est extrêmement préoccupant.

Depuis des années, la direction justifie les réformes au nom de la qualité du service.

Aujourd’hui, de plus en plus de travailleurs constatent l’effet inverse.

La disparition progressive du facteur de proximité

C’est probablement l’élément le plus important.

Plusieurs collègues ayant 20 ou 30 ans d’ancienneté expliquent que la relation entre le facteur et l’usager disparaît progressivement.

Or cette relation constitue historiquement l’une des principales forces de bpost :

•connaissance du quartier ;

•lien social ;

•confiance des citoyens ;

•qualité de la distribution.

Le modèle Dense/Non-Dense transforme progressivement le facteur en simple exécutant logistique.

C’est un changement fondamental de métier.

3. Le mythe de la baisse du courrier est de plus en plus contesté

La direction continue d’utiliser l’argument classique :

« Le courrier baisse d’environ 15 % par an ».

Pourtant de nombreux collègues contestent ce chiffre.

Ce qui ressort des témoignages est intéressant :

Les facteurs ne remettent pas nécessairement en cause les statistiques globales, mais soulignent que sur le terrain la charge de travail réelle ne diminue pas dans les mêmes proportions.

Pourquoi ?

Parce que le travail ne se résume plus au courrier :

•colis ;

•recommandés ;

•ENA ;

•prestations administratives ;

•nouvelles procédures ;

•réorganisations permanentes.

Le nombre de lettres baisse peut-être, mais la pression quotidienne continue d’augmenter.

C’est cela que ressentent les travailleurs.

4. La direction reconnaît indirectement l’échec de sa méthode

Le plus révélateur est probablement cette phrase :

Dense/Non-Dense reste un projet pilote visant à mettre le modèle au point.

Autrement dit, plusieurs centaines de travailleurs servent actuellement de laboratoire grandeur nature.

Après des mois de préparation, la direction découvre encore :

•des problèmes d’organisation ;

•des problèmes d’itinéraires ;

•des problèmes de charge ;

•des problèmes de tri ;

•des problèmes de formation.

La CGSP avait demandé davantage de prudence avant le déploiement massif.

Les faits nous donnent malheureusement raison.

5. Le dossier des bureaux de poste devient explosif

L’interview de Chris Peeters apporte également plusieurs confirmations importantes.

Il est trop tard pour janvier

Le CEO affirme clairement que même en cas de décision immédiate du gouvernement, les économies ne pourront pas être réalisées au 1er janvier.

Cela démontre l’ampleur du retard politique.

Les fermetures restent l’option privilégiée

Le CEO explique que 75 % des coûts sont des coûts de personnel.

Il reconnaît donc implicitement que les économies recherchées passeront forcément par :

•des suppressions d’emplois ;

•des réductions d’heures d’ouverture ;

•des fermetures de bureaux ;

•une diminution de personnel.

Même sans plan social officiel, l’objectif reste une baisse des effectifs.

Des travailleurs abandonnés dans l’incertitude

Le passage le plus interpellant est celui où Chris Peeters affirme que les travailleurs lui demandent eux-mêmes s’ils auront encore un emploi après le 1er janvier.

Cela confirme le climat anxiogène actuel.

Personne ne sait ce qui va arriver.

Ni les travailleurs. Ni les syndicats. Ni visiblement la direction elle-même.

6. Ce qu’il faut retenir politiquement

Depuis plusieurs années, on nous promet que chaque réorganisation réglera les problèmes de la précédente.

Pourtant nous constatons :

•davantage de pression ;

•davantage de flexibilité imposée ;

•davantage de stress ;

•davantage de pertes de sens ;

•davantage de départs volontaires ;

•davantage d’incertitudes.

Pendant ce temps, la qualité du service public postal se fragilise.

Le véritable débat n’est donc pas uniquement celui du coût.

La question fondamentale est :

Veut-on encore un service public postal de proximité au service des citoyens ou veut-on uniquement une entreprise logistique à la recherche permanente de réductions de coûts ?

Position CGSP

La CGSP continuera à défendre :

✅ le maintien de l’emploi ;

✅ le maintien des bureaux de poste de proximité ;

✅ des tournées humainement réalisables ;

✅ une véritable concertation avec les travailleurs ;

✅ la préservation du métier de facteur ;

✅ un service public postal accessible à tous les citoyens.

Parce qu’à force de vouloir économiser partout, on finit par dégrader à la fois les conditions de travail et le service rendu à la population.

Et quand les travailleurs, les clients et même certains cadres locaux commencent à faire le même constat, il devient difficile de prétendre que tout va bien.

Ce qui ressort aujourd’hui du terrain, ce n’est pas l’adhésion aux réformes. C’est l’épuisement, l’inquiétude et le sentiment que bpost avance sans vision claire autre que la réduction des coûts.

Thierry Tasset

Secrétaire général

CGSP Poste